L'homme découvre suffisamment de nourriture mais il sait qu'il ne pourra survivre longtemps dans ce lieu frigorifique. Il trouve pourtant l'énergie de saisir un morceau de métal et de graver sur les parois, heure après heure, jour après jour, le récit de son calvaire. Avec une précision scientifique, il raconte son agonie. Comment le froid l'engourdit, gelant son nez, ses doigts et ses orteils qui deviennent cassant comme du verre. Il décrit comment la morsure de l'air se fait brûlure intolérable. Comment, peu à peu, son corps tout entier se pétrifie en un bloc de glace.
Lorsque le bateau jette l'ancre à Lisbonne, le capitaine qui ouvre le conteneur découvre le matelot mort. Il lit, sur les parois, le journal minutieux de ses affreuses souffrances.
Pourtant, le plus stupéfiant n'est pas là. Le capitaine relève la température à l'intérieur du conteneur. Le thermomètre indique 19°C. Puisque le lieu ne contenait plus de marchandises, le système de réfrigération n'avait pas été activé durant le trajet de retour. L'homme était mort uniquement parce qu'il croyait avoir froid. Il avait été victime de sa seule et propre imagination.
